À Lomé, la Quinzaine régionale sur le commerce transfrontalier à petite échelle exercé par les femmes dans l’espace CEDEAO arrive à son terme ce 29 juin 2026. Derrière les ateliers, les expositions et les dialogues institutionnels, l’enjeu est plus profond : reconnaître le rôle économique des femmes qui traversent les corridors régionaux et transformer leurs difficultés quotidiennes en priorités publiques.
Organisée par le Centre de la CEDEAO pour le développement du genre, en partenariat avec le gouvernement togolais et des partenaires techniques, la rencontre a réuni des commerçantes, institutions financières, administrations, organisations régionales et décideurs publics. Elle s’inscrit dans une dynamique régionale qui veut rendre le commerce ouest-africain plus inclusif, plus sûr et plus lisible pour celles qui le pratiquent au quotidien.
Une économie discrète mais essentielle
Le commerce transfrontalier à petite échelle ne fait pas toujours la une des indicateurs macroéconomiques. Pourtant, il nourrit les marchés, relie les villes frontalières, soutient de nombreuses familles et donne une réalité concrète à l’intégration régionale.
Les femmes y occupent une place centrale. Elles transportent, revendent, négocient, approvisionnent et maintiennent des circuits économiques souvent fragiles. Leur activité se heurte pourtant à des obstacles récurrents : informations incomplètes sur les règles douanières, accès limité au financement, tracasseries sur les corridors, faiblesse de la protection sociale, coût du transport et manque d’espaces de dialogue avec les administrations.
La Quinzaine de Lomé vise justement à faire remonter ces réalités. Selon la CEDEAO, les sessions techniques ont porté sur les enjeux du commerce transfrontalier à petite échelle, l’analyse de la participation des femmes et des jeunes, ainsi que la validation de nouvelles orientations régionales autour du genre et du commerce.
Lomé comme espace de capitalisation régionale
La rencontre de Lomé ne part pas de zéro. Togo First rappelle qu’elle capitalise sur des campagnes de sensibilisation déjà menées sur plusieurs corridors, notamment Tema-Ouagadougou, Dakar-Banjul-Bissau et Abidjan-Lagos. L’objectif est de tirer des enseignements concrets de ces expériences et d’ajuster les interventions futures.
Ce point est important pour le Togo. Pays de transit, économie de services et hub logistique régional, le Togo a intérêt à ce que les règles de circulation soient mieux comprises et mieux appliquées. Une frontière qui bloque, taxe abusivement ou décourage les petites commerçantes n’est pas seulement un problème social : c’est aussi une perte d’efficacité économique pour toute la sous-région.
Le ministre togolais de l’Économie et de la Veille stratégique, Badanam Patoki, a insisté sur cette idée en présentant les frontières non comme des barrières, mais comme des leviers de développement et de prospérité partagée.
Ce que cette quinzaine doit laisser derrière elle
Le risque, pour ce type d’événement, serait de se limiter à une succession de discours. Sa valeur se mesurera plutôt à ce qui restera après la clôture : données consolidées, agenda opérationnel, mécanismes de financement adaptés, formation des acteurs frontaliers, et dialogue plus régulier entre commerçantes, douanes, forces de sécurité, institutions financières et États membres.
La CEDEAO évoque déjà une nouvelle Stratégie Genre et Commerce 2026-2030. Si elle se traduit en actions concrètes, Lomé aura servi de point d’appui pour une meilleure reconnaissance du commerce féminin comme levier d’intégration.
Pour Orbis, le signal est clair : l’intégration régionale ne se joue pas seulement dans les sommets diplomatiques. Elle se joue aussi dans les sacs, les marchés, les postes-frontières et les trajets répétés de milliers de femmes qui font circuler les produits et les revenus.