Le Togo a engagé une nouvelle étape dans sa stratégie de budgétisation verte. Depuis le 29 juin, un atelier de dix jours réunit 64 experts pour élaborer les rapports d'exécution des budgets verts 2024 et 2025. Autrement dit, il ne s'agit plus seulement de marquer des crédits comme favorables au climat ou à l'environnement, mais de vérifier, chiffres à l'appui, ce qui a réellement été exécuté.

De la programmation a la redevabilite

Le signal politique est clair: la crédibilité d'un budget vert ne se mesure pas seulement à sa présentation initiale. Elle dépend aussi de la capacité de l'Etat à démontrer que les dépenses annoncées ont bien suivi les objectifs affichés.

Le ministère des Finances explique que les travaux portent sur quatre chantiers: collecter et consolider les données 2024-2025, analyser la conformité entre exécution et prévisions initiales, harmoniser le canevas de rapport et finaliser les projets de rapports d'exécution. Le vocabulaire est technique, mais l'enjeu est simple: passer du discours climatique à la preuve comptable.

Un dispositif qui a rapidement change d'echelle

Le Togo a lancé son premier budget vert en 2024 avec neuf ministères pilotes. En 2025, le périmètre a été étendu à 24 ministères et institutions, avant une généralisation à l'ensemble de l'administration centrale dans le budget 2026.

Les données rappelées dans les sources montrent aussi que l'exercice n'est pas symbolique. Pour la première édition, l'enveloppe mentionnée atteint 118,2 milliards FCFA, avec près de 66 milliards consacrés à l'adaptation au changement climatique et environ 30 milliards à l'atténuation. Ces montants justifient à eux seuls une exigence de suivi plus robuste.

Pourquoi cet audit compte au-dela des experts

Le sujet peut sembler réservé aux techniciens des finances publiques. Pourtant, il touche à une question très concrète: comment savoir si les priorités climatiques annoncées se traduisent réellement dans l'action publique ? Dans un pays exposé aux aléas climatiques, la qualité de cette réponse budgétaire a des implications directes pour l'agriculture, l'eau, les infrastructures, la protection des populations et la planification territoriale.

En choisissant d'ouvrir une phase d'audit et de reporting, les autorités cherchent aussi à renforcer la transparence vis-à-vis des partenaires techniques et financiers, tout en installant une culture de redevabilité plus forte au sein de l'administration.

Ce que cela peut signaler pour la suite

Si les rapports d'exécution sont publiés avec un niveau de détail suffisant, ils pourraient devenir un outil précieux de lecture de l'action publique: quels ministères exécutent effectivement leurs crédits verts, quels écarts persistent, et quelles priorités devront être corrigées dans les prochains budgets.

Pour Orbis, le bon angle n'est donc pas de célébrer un dispositif sur parole, mais de suivre ce moment charnière où la budgétisation verte cesse d'être une promesse de papier pour entrer dans le champ de l'évaluation.

Sources

finances.gouv.tg ; togofirst.com.